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Oldies

  • Récit en lecture intégrale
  • Ivan ALECHINE
  • Cyril BAERT
  • Genre : littérature, autobiographie, histoire
  • Langue d'écoute : française
  • ISBN : 9782874451348



  • PRESENTATION DE L'OEUVRE
  • Le beau récit, très attachant, d'Ivan Alechine, fils du peintre Pierre Alechinsky en lecture intégrale par Cyril BAERT attaché de production à France Culture, est maintenant disponible!

    Téléchargeable légalement et immédiatement sur ce lien.  Un long extrait sonore vous y est offert.





    La première page :

    Quand j’étais petit, au vingtième siècle, dans un restaurant de Bois-Colombes, le peintre et philosophe Asger Jorn fit une démonstration de sa théorie des migrations de l’image à travers la matière : « Par exemple, cette corbeille de pain garde l’image de l’osier tressé, mais sa structure actuelle doit tout au plastique et plus rien à l’osier premier, moins encore aux mains qui l’ont apprivoisé en inventant ces nœuds. Le pain qui est dans cette corbeille est, lui aussi, un rêve, un rêve de farine amplifié par le blé mécanisé, et si je pose cette corbeille sur la toile cirée à fleurs imprimées qui recouvre la table, nous tombons en plein Déjeuner sur l’herbe de peintre figuratif. » J’ai applaudi à ce que j’ai perçu tout de suite comme une clé du rire céleste. C’était à la fois magique – tout est permis – (« Le cuivre se réveille clairon » d’Arthur Rimbaud) et terrible : le pire est permis.

    La presse en parle :

    Enfant de Cobra
    Virginie Bloch-Lainé, « Libération », jeudi 14 juin 2012


    Dans les années 70, Pierre Alechinsky, ex du mouvement Cobra, est un peintre qui
    triomphe., Durant cette période, Ivan Alechine, son fils, s'enivre aux drogues dures. Mêlée au
    sang, 1a poudre blanche donne du bleu : « Je suis bleu léger, bleu blues. » Le fils baigne dans les
    mêmes couleurs que le père; mais son bain à lui est suicidaire.
    Pourtant Oldies, son récit, n'est ni une descente aux enfers, ni l'elliptique procès d'une
    défaillance parentale. Sa réussite et son charme viennent de ce qu'il restitue, avec grâce, et
    joyeusement, la folie douce d'une époque où tout était permis.
    Ivan est né en 1952, et il déplie le rouleau d'.me jeunesse vécue dans l'admiration pour un
    père animé d'une énergie inépuisable. L’appartement parisien des Alechinsky est ouvert aux amis.
    André Breton adresse, un soir un sourire complice à lvan, et Asger Jorn peint Don Quichotte et
    Sancho Pança sur la porte de son placard. Les rires fusent. Pourtant, à la fin des années 60, tout
    se détraque pur l’auteur : « Mon esprit cognait aux barreaux de ma cage. Arrêts, barrages… » Ivan
    se noie dans le lait de l’anticonformisme dont il fut nourri. « L'esprit à contresens, qui, il n'y avait
    pas si longtemps, avait fait nos délices, voilà qu'on le retournait contre moi. » l’esprit attaqué ;
    l'image court tout au long du livre. La liberté est si vertigineuse que la tête roule tous azimuts à la
    recherche de bornes apaisantes, et se heurte aux angles tranchants de l'arbitraire.
    Le mal-être n'empêche pas l'auteur de tout essayer, puisque rien n'était impossible. Sa
    chronique débute aux années 50, couvre trente ans de bandes-son, de lectures et d’amitiés. Mais
    c’est l’esprit des années 70 qui donne à Oldies son titre et constitue le coeur du récit.
    Le père découvre l'Orient et le fait entrer dans sa peinture, avec la calligraphie japonaise. Le
    fils lui aussi a besoin d'un ailleurs, mais comme il est encore trop jeune pour aller loin, le voilà qui
    file entre les doigts de tous. En 1968, on lui prescrit des calmants et une psychanalyse par le
    théâtre dans l’enceinte d’un hôpital. « C’était dans l’air, ce recours au corps comme moyen de
    pensée », écrit-il, placide. Quitte à faire le clown, Ivan s’inscrit à l’école du mime Marceau. En
    1970, il habite une chambre sous les toits au 5 rue de Lille, où consulte Lacan, « habillé tantôt
    comme un marquis sur une boîte de dragées, tantôt comme un membre d'un groupe pop sortant
    de scène. ».
    En 1971, Ivan fait siens les amis de son père. Le bassiste Benoît Quersin l'initie à la
    musique des Pygmées Batwa. À cet endroit du récit, l'auteur égrène les années comme les entrées d'un dictionnaire des seventies et de ses expérimentations. Le plaisir d’Oldies réside aussi dans
    cette juxtaposition de toutes les fantaisies du moment.
    Pour Ivan Alechine, la traversée prend fin au Mexique, loin de tous, où il vit aujourd’hui.
    Oldies est son neuvième livre. Il le termine par une adresse à la « côte Cobra », le rivage paternel,
    où se firent tant de rencontres, tant d'apprentissages.


    L'art de célébrer
    René de Ceccaty « Le Monde des Livres »,
    vendredi, 29 juin 2012



    Fils du peintre Pierre Alechinsky, Ivan Alechine est « fils d'art » au sens superlatif. Élevé (si l'on peut dire ) dans un milieu où les peintres et les poètes sont les seuls maîtres, il a peu usé les
    bancs d'une autre école, Cela lui a donné des ailes, et un sens dangereux de la vitesse. Il en a eu vite conscience, une conscience paradoxalement inhibante : « Adolescent, j’ai cru me voir plus
    fille que garçon, à nouveau j'ai eu peur de ma propension à m'exciter seul. Peur de l'onanisme en
    pensée, peur de l'onanisme en écriture, plus tard. Je possédais la vitesse, mais le frein ? » Aller
    vite, qu'est-ce que cela implique ? Un certain nombre de fausses routes. Mais aussi des
    fulgurances.
    Avoir tôt l'oeil poétique, dialoguer prématurément avec des adultes qui trouvent en lui un
    interlocuteur naturel, voir, de loin ou de près surréalistes et membres fondateurs du mouvement
    artistique Cobra, cela pourrait à vrai dire décourage:r toute ambition plus que la stimuler. Et c'est
    justement des risques d'un tel héritage dont parle Oldies, ce livre publié à l’âge juste. Ivan Alechine
    va bientôt fêter ses 60 ans. Mais ce n'est pas pour autant un livre de la maturité. Car combien
    l'enfant et l'adolescent sont présents dans ces pages !
    Celles qui ouvrent le -livre, dominées par la figure de la grand-mère, sont éblouissantes. Il y
    a sept ans, Ivan Alechine retournait à Sauvagemont, en Belgique, où son père avait un atelier et
    où il avait lui-même séjourné. Malgré la cruelle métamorphose des lieux défigurés, tout resurgit
    intact dans la mémoire. La grand-mère, et les tantes, médecins et biologistes, anticonformistes et
    affectueuses. Blagues de carabins, rêveries de musiciennes et la main de l'enfant dans celle du grand-père qui, discret dans cet univers de femmes, l'enfourne au fond de sa poche et lui donne
    la sensation d'un voyage intérieur. On lui apprend à lire en lisant Lewis Carroll. Pendant ce temps
    le père découvre, de l'autre côté du monde, la calligraphie japonaise.
    Quant à Paris., où cette·famille insolite s'installe ensuite, c'est celui, irréel, des films. Albert
    Lamorisse tourne Le Ballon rouge (1956) dans la rue, François Truffaut Jules et Jim (1961) chez les voisins. Il n’y a pas d’autre monde objectif. Et, plus tard, il aura pour voisine Christiane
    Rochefort, qui vit de ses droits d'auteur depuis l'adaptation au cinéma par Roger Vadim du Repos
    du guerrier (Grasset, 1958) et écrit peut-être son plus beau livre, le délicieux Printemps au Parking
    (Grasset 1969), utopie insolente sur une passion entre un adolescent et un jeune adulte.
    « Christiane avait de la gouaille, pas mal d'amants et pas d'enfant. Ça irritait ma mère qui prit
    exemple sur les chats, en me disant : "I:es chattes n'ont d'amour que lorsqu'elles font des
    petits." »
    On regrette qu'Ivan Alechine, si précoce a-t-il été, ait aussi peu publié. Quelques poèmes
    dans de prestigieuses revues d'avant-garde, quelques plaquettes, quelques fragments ; une très
    belle évocation de sa découverte de l’Afrique (Paix blanche, murmures noirs, La Différence 1979) ou
    du Mexique (Grains de jour, Le Bois d'Orion, 1993), cela fait peu, mais. aussi beaucoup. Car ce
    sont toujours des textes de poète dont chaque mot compte. Un art saisissant de la narration, aux
    formules inattendues et pourtant précises et sans afféterie. Une certaine crudité, non pas pour.
    choquer, mais pour sonner juste.
    Oldies, dit le titre de son nouveau livre, que l'auteur explique : « Je pense aux années 1970
    comme à des peintures plus ou moins rococo, à des vieilleries - des oldies, dans le latin de nos
    jours. Aujourd'hui qμe je demeure loin derrière la ligne d'arrivée, au bout de cette course, je peux
    dire que j'ai passé tellement de temps dans des états paranormaux que l'état d'homme sain me
    stupéfie. » Il est pas mal question de drogue dans ces pages. Sans complaisance. C'est d'un
    adolescent perdu qu'il s'agit, d'un adolescent surdoué qui doute de lui et qui cherche à rejoindre
    au plus vite des états dont il a une idée plus ou moins claire, en lisant Rimbaud, Apollinaire et
    Racine, ou en voyant les tableaux qui passent dans l'atelier de son père.
    Il fallait découvrir un autre monde et d’autres dieux. Ivan part pour l’Afrique et en revient
    non pas illuminé mais, à sa manière, rassuré. « À l'écoute (et à la vue) des chanteurs, des chants
    des Ekondas et des Pygmées Batwas, je voyais enfin la grâce (mélodique) portée par la force des
    chanteurs-agriculteurs-chasseurs ; il n’y avait plus antinomie, il y avait complémentarité. On
    pouvait être et ne pas en même temps. Être le feu autant que l’eau, ·être l'os autant que
    l’enchantement parfumé (l'eau sort des pierres). »
    L'Afrique, le Mexique sont des noms d’un rêve poétique qui se nourrit aussi de rencontres :
    l'auteur de science-fiction Charles Duits, ami de Matta et de Marcel Duchamp, sera certainement
    guide majeur. Mais aussi le poète Michel Waldberg. Le peintre Jean Raine, qui inspire sans doute les passages les plus vibrants de ce livre. Ivan Alechine possède la grâce de savoir célébrer. Et
    elles sont rares, les autobiographies qui se surpassent en disant leurs dettes.


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